Tout recommence

Il est temps que je recommence. Pourquoi en français ? Pourquoi pas, pourrait-on dire. En tout cas et pour être juste, il faut dire que c'est la langue qui m'a le plus apporté, avec laquelle je me suis toujours sentie moi-même, alors il fallait lui rendre justice.

Quand j'avais onze ans, j'ai commencé à étudier français. Jusqu'alors, on se moquait souvent de moi car je n'arrivais pas à rouler le R espagnol. Desormais, j'avais un grand avantage car mon R naturel est celui du français. Franchement, c'était trop bien d'enfin trouver ma place. Voilà le premier moment où j'ai senti que le français était bon pour moi.

Ensuite, à l'âge de quinze ans, c'est grâce au français que j'ai trouvé mon premier grand amour. Peut-être le plus grand que j'ai jamais éprouvé. Je n'ai pas trop envie d'approfondir dans ce sujet, mais il faut avouer que les cours de français constituaient à ce moment-là le plus grand plaisir de ma vie. Je me regalais et j'apprennais en même temps. Ça m'a coûté cher, car je n'étais pas capable de garder ces sentiments-là, c'était beaucoup trop fort. L'adolescence, tout simplement.

Finalement, à dix-huit ans c'est encore grâce au français que j'ai trouvé par hasard un jeune homme que personne ne pouvait imaginer qu'un jour deviendrait mon fiancé. Cet amour-ci a été beaucoup plus calme, d'un côté surtout parce que j'avais trop peur de refaire mes erreurs et laisser encore une fois que l'amour me prenne toute la place. Non, merci, une fois ça suffit. Enfin, ça a bien fonctionné et à vingt-neuf ans, j'y suis toujours là.

Alors, en résumé, on pourrait dire que ma maturité a été étroitément liée à la langue française. Du coup, c'est grâce à celle-ci que je travaille en ce moment et voilà pourquoi le titre de ce texte.

Il y a quatre ans, j'ai commencé a enseigner le français. Les débuts ont été un peu durs car je n'avais pas trop confiance en moi-même. Peu à peu et grâce à mes collègues, il faut tout avouer, j'ai réussi à faire des cours un lieu pour être à l'aise. Il faut dire qu'enseigner à des adultes peut constituer une épreuve, mais je l'ai bien aimé. Il y avait des jours où faire cours était vraiment la seule chose que je voulais faire car je me sentais utile.

Cette année tout a changé. Il fallait que je fasse cours à des ados et j'ai eu trop peur de ne pas y arriver. Déjà, en tant qu'adolescente, je n'ai pas bien vécu la relation avec mes camarades et je craignais que tout recommence. Pourquoi j'ai peur d'être face à douze ados à qui je double l'âge si je n'avais plus de problèmes avec vingt personnes qui me la doublaient ? Bref, histoire de confiance en soi même. Petit à  petit ça marche mieux, je dois trop faire appel à des punitions et je n'aime pas ça. Mais bon, on fait avec et on essaie de ne pas mourir pendant ce temps.

On verra ce qui se passe après...

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